Archéolove
Darius Dolatyari Dolatdoust
44 rue de Sévigné, Paris 3ème
7 février - 6 avril 2026
Archéolove, Partie I et Partie II, constituent deux volets d’une même recherche menée par Darius Dolatyari-Dolatdoust autour de l’exil et d’une mémoire familiale fragmentée. L’artiste montre que ni par les musées, ni par sa famille, il ne parvient à reconstituer cette histoire éparse. Il la traduit schématiquement jusqu’à proposer son propre inventaire de formes et son propre langage.
Cette archéologie intime évoque les processus de migrations familiales, où les corps et les récits se dispersent et s’éparpillent géographiquement. En choisissant l’archéologie comme une métaphore de la persistance culturelle et affective, Darius Dolatyari-Dolatdoust se confronte aux transmissions impossibles et inappropriables. Les musées occidentaux, lieux de conservation, deviennent des espaces de mise en scène et de témoignage d’une culture ensevelie sous diverses strates matérielles et historiques. Ce déplacement produit une tension paradoxale : celle d’une histoire éloignée de toute relation vivante avec les descendant·es de ces cultures, en même temps qu’elle est l’unique lien possible avec ce territoire devenu inaccessible. Entre distance irréversible et proximité artificielle, ces objets cristallisent un rapport empêché à l’origine. Ils deviennent les médiateurs fragiles d’une mémoire qui ne se transmet plus que par des fragments énigmatiques.
Face à cette dislocation familiale, qui trouve son écho dans le musée, l’artiste n’aspire pas à une reconstitution, mais à une invention de formes capables de rendre visibles ces relations empêchées.
Photographies : Daniela Ometto
En recousant dans ses œuvres la silhouette de vestiges, le détail d’ornements sculpturaux ou de célébrations traditionnelles, il invente un espace où les fragments, les souvenirs et les rites peuvent coexister sans hiérarchie. Cette démarche refuse l’illusion d’un récit total et linéaire, au profit d’une mémoire mouvante, faite d’un entrelacs de fils de revers décousus et de vides habités. L’archéologie devient ici un geste de soin, où l’artiste coud, relie et colore ce qu’il a tenté de saisir de l’histoire d’une famille qui ne dira jamais tout — et conservera son droit à l’opacité. Ce travail de composition n’efface ni les silences ni les manques, mais les intègre comme des éléments constitutifs du récit. L’absence devient alors une matière à part entière, active et signifiante.
Dans Partie I : Place of Discovery, l’artiste explore les antiquités perses conservées au musée du Louvre. Il multiplie les techniques textiles créant des effets de couleurs par touches, tracés ou aplats. Les techniques du patchwork, du quilt et du feutre permettent des effets de combinaisons, de textures et de reliefs. Cette variation est accentuée par l’alternance de matières brillantes ou mates. L’accrochage dispersé et multidirectionnel évoque les reconstitutions partielles des parements laissant deviner corniches, seuils et linteaux et d’où émerge ça et là, entre deux vides, des figures parfois à peine lisibles, animales et végétales. Cette variété retranscrit différents types d’extractions archéologiques : décor de chapiteaux détaché, relevé de gravures, dépose de bas relief,... Le textile les unifie les plaçant sur un même plan. L’artiste fait un tout de cette multitude de trésors. D’ascendance iranienne, il ne peut se rendre en Iran, pays de son père exilé en France depuis 1979. Sa compréhension de ce que signifie « être persan » se construit ainsi à distance, à partir des collections occidentales : fragments intouchables, fétichisés, fruit de l’extraction d’un patrimoine séparé de son environnement affectif d’origine. Si l’ambition était de tout prendre pour tout montrer, l’artiste comme les visiteur·euses sont pourtant confronté·es à l’inviolable silence de ces objets. Cette identité insaisissable lui permet de jouer avec ses propres fantasmes et renvoie chacun·e à ses désirs empêchés d’appartenance.

