Drawing Now

Bahar Kocabey


Carreau du Temple
Du 26 au 29 mars 2026

© Daniela Ometto

Le stand se présente comme un diorama. À l’arrière-plan, un paysage au fusain se déploie, construit à partir de modules détachables, aplats de céramique émaillée, dessins sur tranches de bois plâtrées ou entoilées. Au sol, les jarres sont ornées de scènes de genre (bain à la rivière, soins du corps), tandis que les dessins sur papier évoquent un herbier caractéristique du Kurdistan turc (ortie, sauge, immortelle). Ensemble, ils invoquent l’idée d’onctions soignantes et cosmétiques, et introduit un thème récurrent dans l’œuvre de l’artiste : celui de la chevelure et de sa représentation. 

L’organisation et les médiums reprennent les marqueurs des installations de Bahar Kocabey, dont le vocabulaire plastique est traversé par les éléments du feu et de l’eau. Ses paysages kurdes convoquent des représentations équivoques, dont le statut historique, naturel ou imaginaire n’est pas établi. Plusieurs plans se superposent et s’entrecroisent pour conter l’histoire. 

Au fil des siècles, ces paysages sont devenus des refuges : des lieux pour se cacher, se protéger, se fondre dans les reliefs de terres disputées. Mais ils ont aussi été bouleversés par de nombreux écocides. Incendies déclenchés, construction de barrages, autant d’événements qui ont durablement marqué et transformé des pans de ce territoire. Le noir du fusain, l’étude des courbes de l’eau et de la végétation traduisent chez l’artiste l’empreinte de ces événements traumatiques.

Dans ses dessins, des formes abstraites apparaissent dans les feuillages, comme un alphabet indéchiffrable appartenant à un peuple insaisissable. Photographe également, Bahar Kocabey introduit des effets de cadrage, jeux de “focus” et de flou qui déplacent notre perception face à ce que nous observons. 

Cette terre, traversée de contes et de mythes millénaires, est aussi le souvenir de l’enfance, le terrain immense du récit familial. Par ce bais, ce paysage offre nourriture et soin. L’artiste y inscrit ainsi une relation intime, familiale et charnelle, en y ajoutant des présences humaines et non-humaines dans ces géographies bouleversées. Les flancs rocheux y sont gardés par des “immortelles” - symbolisant la fleur, mais aussi les combattantes qui incarnent la longue tradition des luttes dans la région. Les montagnes du Kurdistan turc ont abrité les combattants kurdes du PKK, particulièrement médiatisés en 2015 pour leur lutte salvatrice contre Daesh. 

Le stand se dédie dès lors à une nouvelle série d’œuvres en hommage à ces combattantes kurdes. L’artiste s’interroge alors sur de nouvelles formes alternatives que peuvent prendre les luttes une fois les armes déposées : comment s’inscrivent-elles dans la vie ordinaire, la féminité, les savoirs traditionnels, les routines et les soins quotidiens ?